Dans un entretien accordé au média Brut, le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, âgé de 82 ans et figure centrale de la vie politique congolaise depuis plusieurs décennies, a réagi à la montée en puissance de jeunes dirigeants africains. À la question portant sur ce « nouveau souffle » incarné par des figures comme Ibrahim Traoré, Bassirou Diomaye Faye ou encore Romuald Wadagni, il a répondu :
« Oui ! Si les jeunes accèdent au pouvoir, c’est toujours un bon signe. Mais ce n’est pas une raison de tuer tous les vieux. On construit les pays ensemble, en établissant des contacts entre les générations. »
Une déclaration qui a suscité de nombreuses réactions, dont celle de Thierry-Paul Ifoundza, écrivain, intellectuel et médecin exerçant en France depuis plus de trente ans.
Une lecture critique au-delà de l’âge
Pour le Dr Thierry-Paul Ifoundza, le débat ne saurait être réduit à une simple opposition entre jeunesse et vieillesse au sommet de l’État. Selon lui, l’essentiel est ailleurs :
« Le plus important n’est pas l’âge d’un président, c’est-à-dire le fait d’être jeune ou vieux. »
Dans une analyse lucide, il remet en question une idée largement répandue selon laquelle la jeunesse serait, à elle seule, un gage de renouveau politique.
« Certains jeunes présidents ont des “cerveaux” de sexagénaires, et inversement. »
Autrement dit, l’âge biologique ne détermine ni la capacité de gouverner ni la qualité de la vision politique.
Vision, engagement et responsabilité : les véritables critères
L’intellectuel insiste sur ce qui, selon lui, constitue le cœur de l’action politique :
« Ce qui compte, c’est le projet de société, la capacité à travailler pour son pays, à améliorer les conditions de vie des populations. »
Dans un contexte africain marqué par des défis structurels persistants, il rappelle l’urgence d’un leadership orienté vers le développement réel :
« L’Afrique accuse encore un retard par rapport aux autres continents. Ce n’est pas souhaitable. »
Ainsi, au-delà des symboles, c’est la capacité à agir concrètement qui doit servir de boussole pour juger les dirigeants.
Une critique du pouvoir en place au Congo-Brazzaville
Le propos de Thierry-Paul Ifoundza se fait plus incisif lorsqu’il évoque le cas du président Denis Sassou Nguesso. Il dresse un bilan sévère de plusieurs décennies de gouvernance :
« Denis Sassou Nguesso a desservi le Congo. Aucun président n’a eu autant de moyens financiers et diplomatiques. »
Et pourtant, selon lui, les résultats ne sont pas à la hauteur :
« Le Congo-Brazzaville est aujourd’hui un pays méconnaissable, plongé dans les ténèbres. Les congolais n’ont ni eau ni, électricité, et ne savent pas ce qu’ils mettent dans leurs assiettes au quotidien. Ce qui est paradoxal pour un pays à forte pluviométrie, entouré de nombreux cours d’eau, et ensoleillé toute l’année ! Un petit pays pétrolier en plus ! »
L’écrivain déplore un contraste frappant entre les ressources mobilisées et la situation actuelle du pays.
Jeunesse au pouvoir : espoir ou illusion ?
Si l’émergence de jeunes dirigeants sur le continent suscite de l’espoir, Thierry-Paul Ifoundza appelle à nuancer cet enthousiasme.
« Je ne dirais pas que tous ces jeunes présidents ont des visions claires. Certains sont progressistes, d’autres sont rétrogrades. »
Autrement dit, la jeunesse n’est pas une garantie automatique de transformation positive. Elle peut tout autant reproduire les schémas du passé que les remettre en question.
Une réflexion au cœur du débat africain
À travers cette prise de position, l’auteur de Congo-Brazzaville, un système de santé dystopique — dans lequel il critique déjà les dysfonctionnements du système congolais — invite à dépasser les débats simplistes. Son message est clair :
Ce n’est ni l’âge, ni le symbole qui fait un leader, mais la vision, l’intégrité et l’action.
Dans un continent en pleine mutation, où les attentes des populations sont de plus en plus fortes, cette réflexion résonne comme un appel à une exigence renouvelée vis-à-vis des dirigeants, qu’ils soient jeunes ou expérimentés.
Au-delà des générations, l’exigence du résultat. La sortie du président Denis Sassou Nguesso aura au moins eu le mérite de relancer un débat essentiel : celui du renouvellement politique en Afrique. Mais comme le souligne avec justesse Thierry-Paul Ifoundza, la véritable question n’est pas de savoir qui doit gouverner — les jeunes ou les anciens — mais comment gouverner, et pour quels résultats.
Car au final, les peuples attendent moins des symboles que des transformations concrètes. Et sur ce terrain, seule la qualité de l’action fait la différence.





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