À Ouidah, Comlan Aubin Feligbe lance Xwédah : terre d’amour suivi de NÎM, deux pièces entre mémoire et urgence climatique 

Le dramaturge, écrivain et metteur en scène béninois Comlan Aubin Feligbe procédera, samedi 29 août 2026 à 16 heures au CCRI John Smith de Ouidah, au lancement officiel de son nouvel ouvrage, Xwédah : terre d’amour suivi de NÎM. Réunissant deux textes théâtraux ancrés dans des réalités béninoises, le livre interroge les bouleversements environnementaux, la mémoire, le rapport au territoire et la capacité des individus, notamment des jeunes, à imaginer des réponses aux crises qui transforment leur quotidien. 

Deux territoires, deux réalités apparemment opposées, mais une même préoccupation : l’eau. À Ouidah, elle devient une menace à travers la montée des eaux qui oblige les habitants à envisager l’évacuation. À Sinendé, c’est au contraire son absence qui fragilise les terres et compromet les récoltes. Entre abondance destructrice et pénurie, Xwédah : terre d’amour suivi de NÎM propose deux regards sur des communautés confrontées aux mutations de leur environnement. 

À travers ces deux pièces, Comlan Aubin Feligbe fait du théâtre un espace où se rencontrent l’intime et le collectif, le passé et le présent, les héritages et les réponses à inventer. 

Ouidah, la mer et les blessures de l’histoire 

La première pièce, Xwédah : terre d’amour, transporte le lecteur dans une Ouidah située dans un futur proche. La ville est confrontée à une montée des eaux qui rend l’évacuation de certaines populations inévitable. Au centre du récit se trouvent Ajoua et sa grand-mère Yara. 

Ajoua veut convaincre cette dernière de quitter leur maison avant qu’il ne soit trop tard. Mais Yara refuse. Paralysée et attachée à son lieu de vie, la vieille femme ne voit pas dans ce départ forcé une simple mesure de sécurité. Pour elle, quitter cette terre fait ressurgir une mémoire plus profonde, celle des arrachements liés à la traite négrière. 

Le danger environnemental devient alors le point de départ d’une interrogation sur l’histoire et la transmission. Pourquoi partir ? Que signifie abandonner une terre lorsque celle-ci porte la mémoire des générations précédentes ? Comment se protéger d’une catastrophe sans avoir le sentiment de reproduire un arrachement ancien ? 

À travers le conflit entre Ajoua et Yara, la pièce transforme ainsi une situation d’urgence en une enquête familiale et mémorielle. La jeune fille cherche à comprendre ses origines et les liens qui unissent son histoire familiale à celle de la cité de Ouidah. 

La référence à la traite négrière, notamment à travers le navire Clotilda, inscrit le texte dans une réflexion plus large sur les mémoires de l’esclavage et leurs prolongements dans le présent. 

Autour des deux personnages principaux, d’autres voix interviennent : celles de la rue, des médias, des secouristes et de différents personnages. Dialogues, monologues, chants, incantations, langues locales et objets rituels se croisent dans une dramaturgie qui fait passer le récit du quotidien à une dimension parfois symbolique et onirique. Le texte navigue ainsi entre tension, humour, poésie et gravité. 

Quand la catastrophe environnementale réveille la mémoire 

Avec Xwédah : terre d’amour, Comlan Aubin Feligbe pose une question centrale : comment une catastrophe à venir peut-elle réveiller une histoire que l’on croyait appartenir au passé ? La montée des eaux n’est pas seulement un décor dramatique. Elle devient un élément qui bouleverse les rapports entre les générations et oblige les personnages à interroger leur relation au territoire. 

D’un côté, une jeune génération qui cherche à se protéger et à envisager l’avenir. De l’autre, une génération plus ancienne qui refuse de rompre avec une terre chargée de souvenirs et de douleurs. La pièce aborde ainsi plusieurs thèmes : l’urgence climatique, la mémoire de l’esclavage, la recherche des origines, la construction de l’identité et les différentes formes de transmission.  

La parole, les gestes, les rites et les objets deviennent autant de moyens par lesquels le passé continue de circuler dans le présent. À travers l’histoire d’Ajoua et Yara, c’est également la question de l’attachement à un territoire qui est posée. Peut-on quitter une terre sans perdre une part de soi ? Et comment transmettre une mémoire lorsque le lieu même qui la porte est menacé de disparition ? 

NÎM, l’eau comme promesse 

Le second texte conduit le lecteur à Sinendé, dans le nord du Bénin. Ici, la situation est inverse. L’eau ne menace pas les habitants : elle manque. NÎM, qui signifie « eau » en langue baatonu, suit le parcours de Gaani, un jeune garçon confronté à la sécheresse qui menace les récoltes de son père, Hamid. 

Face à la situation, les adultes semblent enfermés dans le découragement et les habitudes. Là où son père s’en remet notamment aux prières et semble accepter son impuissance devant la sécheresse, Gaani choisit une autre voie. Il observe. Il réfléchit. Puis il imagine une solution : mettre en place un système d’irrigation fonctionnant grâce à l’énergie solaire. 

Son idée suscite d’abord l’incrédulité. Mais avec l’appui d’un ami, le jeune garçon poursuit son projet jusqu’à sa réalisation. Progressivement, le champ retrouve sa fertilité et l’expérience transforme également le regard du père sur son fils. 

À travers cette histoire, NÎM fait de la jeunesse non pas un simple public à protéger, mais une force capable d’observer les problèmes, de formuler des hypothèses et de participer à la recherche de solutions. 

La jeunesse comme force d’initiative

L’un des enjeux majeurs de NÎM réside dans la place accordée à l’enfant. Gaani refuse d’accepter l’idée selon laquelle certains problèmes seraient exclusivement réservés aux adultes. Face à une situation qui menace directement sa famille, il décide de prendre part à la recherche d’une solution. 

La pièce défend ainsi une vision de la jeunesse comme espace d’initiative, de créativité et d’innovation. Elle met également en dialogue deux formes de savoir : l’expérience héritée de la famille et les connaissances techniques susceptibles d’apporter de nouvelles réponses aux difficultés du quotidien. 

À travers l’irrigation solaire, le texte ouvre une réflexion sur l’accès des jeunes aux savoirs scientifiques et techniques, sur l’autonomie des communautés et sur les possibilités offertes par l’innovation face aux transformations climatiques. La pièce évoque également la contribution, parfois peu visible, des femmes dans la gestion de l’eau et de la vie quotidienne. 

Mais au-delà de la réussite technique de Gaani, NÎM raconte surtout une histoire de confiance. La confiance dans la capacité d’un jeune à agir. La confiance entre les générations. Et la confiance dans la possibilité de faire autrement. 

Deux territoires, une même interrogation

Réunies dans un même ouvrage, les deux pièces construisent un contraste fort. À Ouidah, l’excès d’eau bouleverse les vies et menace d’arracher les habitants à leur territoire. À Sinendé, son absence met en péril les récoltes et oblige les populations à imaginer de nouvelles solutions. 

Entre ces deux réalités, Xwédah : terre d’amour suivi de NÎM interroge la manière dont les sociétés s’adaptent à un environnement en mutation. Mais le livre ne s’arrête pas à la question écologique. 

Il parle aussi de mémoire, de patrimoine, de transmission, de dialogue entre les générations et de responsabilité collective. Dans les deux textes, les personnages sont confrontés à une alternative : subir les bouleversements de leur milieu ou chercher les moyens d’y répondre. Le théâtre devient alors un lieu où les crises environnementales prennent des visages, des voix et des histoires. 

Un parcours entre écriture, scène et oralité 

Né de la pratique théâtrale, Comlan Aubin Feligbe poursuit avec ce nouvel ouvrage un parcours déjà marqué par plusieurs expériences d’écriture et de création. 

Écrivain, dramaturge, metteur en scène, conteur et comédien béninois, il fait ses premiers pas au théâtre en 2009 au Lycée Mathieu Bouké de Parakou avant de poursuivre son parcours au sein de différentes troupes et initiatives artistiques, notamment dans le milieu universitaire. 

Titulaire d’une licence en Lettres modernes de l’Université de Parakou, il intègre en 2026 l’Université Senghor d’Alexandrie pour un Master en Management des entreprises culturelles. Son parcours éditorial comprend notamment À qui la faute ? suivi de La toilette, publié en 2018, puis Un solitaire à 4 griffes, paru en 2024 aux Éditions Savanes du Continent. 

Ce dernier texte est issu du travail développé dans le cadre des résidences Textes en scène au CCRI John Smith de Ouidah, un espace qui occupe une place importante dans le parcours artistique de l’auteur. 

En 2025, Comlan Aubin Feligbe est également accueilli à La Chartreuse – Centre national des écritures du spectacle, en France, pour le développement de Gbé-sa, dans le cadre de Textes en scène avec le CCRI John Smith. Il participe également aux Ateliers Frappaz dans le cadre de Textes en rue #2, autour du projet Xwédah : terre d’amour

L’auteur est par ailleurs fondateur et président de Sègboliss’Art, une association culturelle basée à Parakou. 

Une rencontre littéraire au cœur de Ouidah 

La sortie officielle de Xwédah : terre d’amour suivi de NÎM sera marquée par une rencontre publique, samedi 29 août 2026 à partir de 16 heures, au CCRI John Smith de Ouidah. Ce rendez-vous constituera la première présentation publique de l’ouvrage et permettra au public de découvrir les deux textes ainsi que les réflexions qui ont accompagné leur écriture. 

La présentation sera assurée par Roland Kovenon, tandis que Samuel Kpehounsi est annoncé comme impresario de l’événement. Au-delà d’une simple cérémonie de lancement, cette rencontre devrait constituer un moment d’échange autour du théâtre béninois, de l’écriture dramatique et des questions soulevées par l’ouvrage. 

Car avec Xwédah : terre d’amour suivi de NÎM, Comlan Aubin Feligbe propose deux histoires ancrées dans des territoires béninois, mais traversées par des interrogations qui dépassent largement leurs frontières. À Ouidah comme à Sinendé, face à trop d’eau ou à son absence, les personnages doivent apprendre à vivre avec un monde qui change. 

Et dans les deux cas, une même conviction semble traverser l’ouvrage : face aux bouleversements, la mémoire peut aider à comprendre d’où l’on vient, mais l’avenir dépend aussi de notre capacité à imaginer de nouvelles réponses. 

Informations pratiques 

Ouvrage : Xwédah : terre d’amour suivi de NÎM
Auteur : Comlan Aubin Feligbe
Genre : Théâtre
Événement : Sortie officielle et présentation publique
Date : Samedi 29 août 2026
Heure : 16h00
Lieu : CCRI John Smith, Ouidah
Présentation : Roland Kovenon
Impresario : Samuel Kpehounsi
Contact presse : 01 90 11 98 36
E-mail : roland.kovenon@gfproductions.com 

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