Du 20 au 25 août 2026, la cité religieuse de Tivaouane accueillera la première édition du Salon international du livre islamique et des manuscrits de Tivaouane (SILMIT 2026). Organisé en marge des journées du Bourda et du Mawlid, ce nouveau rendez-vous entend faire du patrimoine écrit islamique un espace de dialogue entre mémoire, spiritualité, recherche scientifique et technologies numériques.
À Tivaouane (ville de l’ouest du Sénégal proche de Thiès), le Mawlid ne se résume pas aux grandes célébrations spirituelles qui rassemblent chaque année des milliers de fidèles. La cité veut également rappeler que derrière la transmission religieuse se trouve une autre mémoire :
celle des livres, des manuscrits, des correspondances, des recueils de poésie, des commentaires et des archives conservés parfois depuis plusieurs générations dans les bibliothèques familiales et privées. C’est dans cette perspective que se tiendra, du 20 au 25 août 2026, la première édition du Salon international du livre islamique et des manuscrits de Tivaouane (SILMI T 2026).
L’initiative est portée par la Cellule Zawiya Tijaniyya, en collaboration avec le COSKAS, l’AJANA, SIRAJ, le CRAC et PROJET de Tivaouane. Elle est placée sous l’autorité spirituelle du Khalife général des Tidjanes, Serigne Babacar Sy Mansour, et annoncée sous le parrainage du président de la République du Sénégal. Le Royaume du Maroc a, par ailleurs, été désigné comme pays invité d’honneur.
L’ouverture officielle est prévue le jeudi 20 août à 10 heures à Tivaouane.
Un salon consacré à une mémoire écrite encore largement à explorer
Le choix du thème donne immédiatement la mesure de l’ambition : « Patrimoine manuscrit et héritage spirituel : entre intelligence humaine et transmission du savoir islamique à l’ère du numérique ».
Il ne s’agit donc pas simplement d’organiser une nouvelle manifestation autour du livre religieux. Le SILMIT 2026 entend poser une question devenue incontournable : comment préserver un patrimoine ancien tout en permettant aux générations contemporaines de se l’approprier grâce aux outils dont elles disposent ?
La question est particulièrement importante dans une ville comme Tivaouane, dont l’histoire intellectuelle est étroitement liée à la production, à l’étude et à la transmission du savoir islamique.
Dame Diouf, promoteur de l’événement et membre de la structure chargée de l’animation scientifique et intellectuelle de Tivaouane, résume cette ambition en appelant à passer progressivement d’un patrimoine conservé principalement dans des bibliothèques privées ou familiales à un patrimoine « documenté, catalogué, numérisé et accessible », dans le respect des ayants droit et des autorités religieuses.
Cette transformation pose toutefois des défis considérables : identifier les documents, les inventorier, les conserver dans de bonnes conditions, les restaurer lorsque cela est nécessaire, les numériser, les indexer et permettre leur consultation sans mettre en danger les originaux.
Le numérique apparaît ainsi moins comme une menace pour le patrimoine que comme un nouvel outil de conservation et de transmission.
Des manuscrits anciens à l’intelligence artificielle
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de cette première édition : le SILMIT veut placer autour de la même table des oulémas, chercheurs, universitaires, bibliothécaires, éditeurs, bibliophiles, spécialistes de la conservation et experts du numérique.
Le programme annoncé prévoit des conférences internationales et des panels scientifiques, mais également des ateliers consacrés à la calligraphie et à la numérisation, des expositions de manuscrits rares et un marché international du livre.
Le salon entend surtout expérimenter de nouveaux rapprochements.
Un hackathon consacré à l’intelligence artificielle et au patrimoine figure ainsi parmi les activités annoncées. Cette initiative ouvre des perspectives particulièrement intéressantes pour le patrimoine manuscrit africain : reconnaissance automatique des caractères, transcription, indexation, traduction, recherche documentaire ou encore constitution de bibliothèques numériques pourraient progressivement faciliter l’accès à des fonds aujourd’hui difficiles à exploiter.
Le défi sera néanmoins de trouver le juste équilibre entre innovation technologique et respect de l’intégrité des documents, de leur contexte historique et de leur dimension spirituelle.
Autrement dit : numériser ne doit pas signifier dénaturer.
Tivaouane au cœur du patrimoine intellectuel tidiane
Le Salon accordera également une place particulière à l’histoire intellectuelle de Tivaouane. Un panel scientifique sera consacré au Diwan de Seydi El Hadj Malick Sy, tandis qu’un hommage est annoncé en l’honneur de Serigne Samba Diagne, notamment pour son travail dans l’écriture, la calligraphie et la diffusion des œuvres des savants musulmans.
Cette orientation donne au SILMI une dimension patrimoniale très forte. Il s’agit non seulement de montrer des livres anciens, mais de replacer ces documents dans une histoire de la pensée, de l’enseignement et de la transmission.
Le patrimoine concerné dépasse d’ailleurs les seuls manuscrits en arabe. Il englobe également la littérature islamique africaine, les textes en ajami — c’est-à-dire les langues africaines transcrites avec des caractères arabes —, les correspondances, les recueils de poésie, les commentaires religieux et les archives familiales.
Cette diversité pourrait permettre au Salon de contribuer à une meilleure connaissance d’un patrimoine encore insuffisamment documenté à l’échelle internationale.
Le Maroc, invité d’honneur
La présence du Maroc comme pays invité d’honneur ajoute une dimension internationale à cette première édition. Des institutions, des oulémas et des spécialistes marocains sont attendus à Tivaouane. Leur participation devrait permettre de renforcer les échanges entre les deux pays autour de la culture, du patrimoine écrit, de la recherche, de l’édition et des traditions islamiques.
Ce choix est également cohérent avec la volonté affichée par les organisateurs de faire du SILMI un espace de circulation des savoirs entre l’Afrique, le monde arabe et les autres espaces intellectuels intéressés par le patrimoine islamique.
« Le Gamou célèbre, le Salon documente »
Dame Diouf présente le SILMI comme une sorte d’« extension intellectuelle » du Gamou de Tivaouane. Une formule résume particulièrement bien cette ambition : « Le Gamou célèbre, le Salon documente, le Gamou rassemble les cœurs autour du Prophète, le Salon rassemble les intelligences autour de son héritage. » La distinction est intéressante.
Elle rappelle que les grandes manifestations religieuses peuvent également être des espaces de production, de conservation et de circulation du savoir. Dans la tradition d’El Hadj Malick Sy, l’étude, l’écriture et la transmission occupent en effet une place centrale. Le SILMI entend donc donner à cette dimension intellectuelle une visibilité particulière.
Du patrimoine à l’économie du livre
L’autre ambition du Salon mérite également d’être soulignée : faire du patrimoine islamique un levier d’activité culturelle et économique. Pour les organisateurs, la valorisation des manuscrits et de la littérature islamique peut créer des passerelles entre auteurs, chercheurs, éditeurs, libraires, bibliothèques, institutions culturelles et acteurs du numérique.
Le marché international du livre prévu dans le cadre du Salon devrait notamment permettre de donner une place aux éditeurs et aux professionnels de la diffusion.
L’enjeu est important. Préserver un patrimoine coûte cher. Le cataloguer, le restaurer, le numériser, le traduire et le rendre accessible nécessite des compétences, des infrastructures et des financements. La construction d’un véritable écosystème économique autour du livre islamique pourrait donc contribuer à rendre ces efforts plus durables.
Construire la « Tivaouane nouvelle génération »
Au fond, le SILMI T 2026 porte une ambition qui dépasse largement les six jours de manifestation. Dame Diouf appelle à l’émergence d’une « Tivaouane nouvelle génération », capable d’assumer simultanément son identité de cité spirituelle et sa vocation de pôle culturel, scientifique et économique.
L’objectif affiché est de faire progressivement de Tivaouane un centre africain de référence pour le livre islamique, les manuscrits et la pensée tidiane. Cette ambition devra évidemment être accompagnée d’un travail de long terme : inventaire des fonds, formation de spécialistes, conservation physique, numérisation, recherche universitaire, édition critique des textes, création de bibliothèques numériques et développement de partenariats internationaux.
Mais le premier pas consiste précisément à poser le sujet dans l’espace public. Et c’est peut-être là que réside l’une des principales promesses du SILMI T 2026 : transformer le manuscrit, longtemps conservé dans le silence des bibliothèques familiales, en objet de recherche, de transmission et de dialogue avec le monde contemporain.
À Tivaouane, le livre ne sera donc pas seulement exposé. Il sera questionné : que conserver ? Comment conserver ? Pour qui ? Et surtout, comment transmettre aux générations futures un patrimoine plusieurs fois centenaire sans en perdre l’esprit, la profondeur et l’authenticité ?
La réponse commencera peut-être à s’écrire à partir du 20 août 2026, avec cette première édition du SILMI T.
D’autant que le Sénégal dispose déjà d’initiatives qui placent le livre islamique, les manuscrits et leur numérisation au cœur de démarches scientifiques et patrimoniales. Le Salon du livre islamique organisé dans le cadre du Colloque mondial de la Tijjaaniyya poursuit notamment des objectifs similaires de valorisation de la littérature islamique, de préservation des manuscrits et de transmission du patrimoine soufi.
À Tivaouane, le défi sera désormais de faire du patrimoine une mémoire vivante : une mémoire que l’on conserve, que l’on étudie, que l’on partage et que l’on transmet.
source :
https://aps.sn/le-salon-du-livre-islamique-une-extension-intellectuelle-du-gamou-de-tivaouane-initiateur/ https://lesoleil.sn/actualites/societe-fait-divers/religion/tivaouane-un-salon-international-du-livre-islamique-pour-valoriser-le-patrimoine-manuscrit/





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