Renouveler ou s’user : Sans anesthésie (12) — la chronique de Johane Joseph 

Pourquoi les débuts d’une relation semblent-ils si intenses, alors que le temps finit parfois par émousser les émotions et les attentions ? Dans cette nouvelle chronique de Sans anesthésie, Johane Joseph propose une réflexion originale sur l’usure des liens affectifs. Et si le secret des relations durables ne résidait pas dans la recherche de la nouveauté, mais dans la capacité à se redécouvrir sans cesse ? Une invitation à renouer avec la curiosité, l’écoute et l’émerveillement des premiers jours pour empêcher l’amour de devenir une simple habitude. 

Et si l’amour se cultivait comme au premier jour ? 

Les débuts sont si beaux. Et si on apprenait à les prolonger ? 

On devrait peut-être renouveler les relations tous les trois à six mois. 

Je sais que ça sonne comme une provocation. 

Ou comme une plaisanterie. 

Mais réfléchis une seconde. 

Les débuts sont si palpitants. On se découvre, on s’écoute davantage, on fait attention aux détails. 

Chaque message fait sourire. 

Chaque rencontre est attendue. 

On est curieux. Patients. Indulgents. 

On pose des questions. On s’intéresse. On veut comprendre. 

On est même prêts à accepter certaines différences, parce qu’on est en train d’apprendre qui est l’autre. 

Puis, peu à peu, l’habitude s’installe. 

On croit connaître l’autre. On cesse de poser certaines questions. 

Les gestes qui semblaient extraordinaires deviennent ordinaires. 

Ce qui nous surprenait devient prévisible. 

Ce qui nous émouvait devient familier. 

On n’écoute plus vraiment, on présuppose. 

On ne questionne plus, on suppose. 

Et c’est là que l’amour commence à s’endormir. 

Pas parce qu’il n’existe plus. Mais parce qu’on a cessé de le nourrir. 

On continue à avancer côte à côte, mais on a oublié de se regarder. 

Alors bien sûr, on ne peut pas changer de partenaire tous les six mois. 

Ce serait absurde. 

Mais peut-être qu’on pourrait apprendre à renouveler la relation plutôt qu’à simplement la poursuivre. 

Retrouver la curiosité des premiers jours. 

Continuer à séduire la personne qu’on croit déjà avoir conquise. 

Se redécouvrir, comme si l’histoire recommençait. 

Pas en faisant semblant. 

Pas en jouant un rôle. 

Mais en acceptant que l’autre change, évolue, surprend. 

En se rappelant qu’on ne finit jamais vraiment de connaître quelqu’un. 

Parce que personne n’est jamais complètement connu. 

Il existe toujours une partie de l’autre qui nous échappe. 

Un rêve qu’il n’a pas encore dit. 

Une peur qu’il n’a pas encore partagée. 

Une version de lui-même qui n’existe pas encore. 

Et c’est peut-être là que l’amour peut durer. 

Non pas dans la répétition des mêmes gestes, mais dans la découverte continue de celui qui change avec nous. 

Alors pourquoi ne pas se donner rendez-vous ? 

Dans trois mois. Dans six mois. 

Pour se demander : « Qui es-tu maintenant ? » 

« Qu’est-ce qui a changé en toi ? » 

« Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ? » 

Comme si on se rencontrait pour la première fois. 

Parce qu’en réalité, on se rencontre toujours pour la première fois. 

Chaque jour. 

Chaque version de nous-même 

À propos de l’autrice

Sans anesthésie est une chronique hebdomadaire de Johane Joseph (JJ Gaïana), infirmière, auteure et éditrice haïtienne, fondatrice des Éditions Cérébrale. À travers ses textes, elle explore sans détour la littérature, les émotions humaines, la société haïtienne et ces réalités intimes que l’on tait trop souvent. Une parole libre, lucide et sans filtre, à retrouver chaque semaine.  

Articles Similaires
La Bibliothèque nationale du Bénin : du sanctuaire du silence au carrefour du tourisme et de l’économie 

Longtemps perçue comme un lieu feutré, réservé aux chercheurs, aux étudiants et aux amoureux du livre, la bibliothèque nationale renvoie Lire plus

Parole d’auteurs : qui sont les huit écrivains invités par la Bibliothèque nationale du Bénin ?

La Bibliothèque nationale du Bénin ouvre sa salle d’animation à une nouvelle série de rencontres littéraires avec « Parole d’auteurs Lire plus

Sans anesthésie (11) : Le pardon — la chronique de Johane Joseph 

Le pardon est souvent présenté comme le chemin obligé vers la paix intérieure. Mais est-il toujours possible ? Est-il même Lire plus

Bénin : la « rupture dans la continuité », le nouveau défi du pouvoir — Chronique de Frédéric Herman TOSSOUKPE 

Dans cette nouvelle tribune, l’écrivain, intellectuel et chroniqueur Frédéric Herman TOSSOUKPE analyse le tournant politique ouvert au Bénin avec l’arrivée Lire plus

Lire pour mieux agir : quand la lecture forme des citoyens responsables 

La lecture ne se limite pas à l’acquisition de connaissances ; elle est aussi un puissant levier de transformation individuelle Lire plus

Et si on arrêtait de perfectionner l’amour ? Sans anesthésie (10) — la chronique de Johane Joseph  

Et si les plus grandes fragilités de nos relations naissaient moins d’un manque d’amour que de notre quête incessante de Lire plus

Sans anesthésie (9) : La pauvreté des rêves — la chronique de Johane Joseph 

Le talent ne manque pas. Les idées non plus. Pourtant, combien de projets, d’inventions, de livres ou de vocations disparaissent Lire plus

FESTIFOUS 2026 : POURQUOI ÉCRIRE SUR LES VALEURS SOCIALES ? 

À une époque où les repères semblent s’effriter, où les réseaux sociaux accélèrent la circulation des idées autant que celle Lire plus

Sans anesthésie (8) : Quand aimer devient obéir  — la chronique de Johane Joseph 

L’amour est souvent associé au don de soi, aux compromis et à la volonté de préserver le lien avec l’autre. Lire plus

Sans anesthésie (7) : Pourquoi certaines femmes restent même quand elles savent — la chronique de Johane Joseph 

Elles voient les signes. Elles reconnaissent les blessures, les promesses non tenues et les fissures qui se multiplient dans leur Lire plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share via
Copy link