Dans La Maison des Égarées de Julie Kibler, publié en 2021, l’autrice explore les trajectoires de femmes rejetées par la société, victimes de viol ou marginalisées, qui trouvent refuge au Foyer des travailleuses de Berachah à Arlington, Texas. À travers les destins croisés de Lizzie et Mattie, puis de Cate et Laurel, l’ouvrage met en lumière la résilience féminine face aux traumatismes, la quête de rédemption, les injustices sociales et religieuses, tout en interrogeant les limites de la compassion et de la justice dans une société souvent impitoyable.
Dans le Foyer des travailleuses de Berachah à Arlington au Texas, se cache des femmes au passé chargé. Ce foyer créé en 1933 par Brother JT est un centre d’accueil pour les mères célibataires, les prostituées et toutes celles qui se sont retrouvées au bas de la société.
Rejetées par leurs familles, par la société dite « pieuse », elles viennent trouver refuge sous les ailes bienveillants de cet homme, qui devient leur père. C’est dans ce foyer que deux destins se croisent : celui de Lizzie et Mattie. Toutes deux victimes de viol de la part de membre de leur famille, devenues prostituées à leur corps défendant et enceintes.
Ces femmes contre toute attente ont la force de vouloir se battre pour assurer à leurs enfants une vie meilleure. Cependant, acharnement de destin ou malchance, Lizzie arrive à maintenir sa fille (Docie) en vie avec l’aide des sœurs du foyer mais Mattie perd son fils (Cap).
Partant, Lizzie devient cette fille pieuse, qui n’imagine plus sa vie hors des remparts du Foyer et devenant « la sœur de cœur » de Mattie. Quant à Mattie, elle rêve toujours d’avoir une vie différente en dehors du foyer. Ces deux « sœurs » bien qu’ayant un même parcours ont des aspirations différentes.
Rien d’étonnant quand on voit qu’avec le personnage de Mattie il y a une sorte de perpétuelle remise en cause de l’ordre religieux établit, un questionnement de l’amour et de la miséricorde de Dieu. C’est ce constat que fait Lizzie lorsqu’elle affirme : « Même lorsque les rêves de grandeurs de Mattie la perturbaient, Lizzie lui enviait ce feu qui l’animait. Elle-même venait d’un monde de cauchemar, elle était trop rongée par la peur pour rêver. Mais si le Seigneur donne et le Seigneur prend, comment fait-il pour choisir ? »
Par chance, Mattie a l’occasion d’aller servir en Oklahoma. Elle y vécut, vivant les aventures qu’elle a toujours voulues. Souvent nostalgique de revoir sa « sœur » Lizzie, mais elle se disait qu’elle méritait bien une deuxième chance de cette vie qui lui a pris son petit Cap et le remords qu’elle ait abandonné sa fille à la naissance.
Une seconde chance ? Oui, la vie lui permit d’avoir une mère affectueuse et aimante en la personne de Mama Stell. Cependant, elle n’eut pas de chance car cette dernière mourut. Le premier mariage de Mattie se solda aussi par un échec mais elle rencontra un homme qui l’aima de tout son être, Jim McBride.
Finalement, Mattie décède et laisse Lizzie seule dans son désarroi et sa solitude car « Mattie était sa sœur de cœur et d’âme, un miroir qui lui renvoyait tous ces désirs enfouis qu’elle n’avait jamais osé suivre. »
Mais cette histoire de la maison des égarées n’est juste qu’un sujet remis au goût du jour par Cate. Une jeune femme franchement arrivée au Texas, bibliothécaire à l’Université. A son arrivée, elle visite le cimetière de ladite ville et voit les décombres d’un bâtiment qui attire son attention.
Elle se passionne pour les ruines du fameux Foyer de Berachah et décide d’entreprendre des recherches dans les archives de l’Université. Son chemin et sa passion pour ce sujet lui font rencontrer une jeune étudiante, Laurel Medina. Ces deux femmes qui en apparence semblent éloignées tant par l’âge que par leur métier, vont peu à peu se découvrir une histoire et un destin commun.
Laurel, jeune fille de 18 ans, a été rejeté par sa famille à la suite d’un viol. Cate quant à elle, a aussi subi un viol par son Crush de l’église et se retrouve enceinte. N’ayant pas eu le soutien de ses parents ni des prêtres de son église, elle sera révoltée. Comble de l’évènement, le père de son violeur, membre influent de l’église décide d’acheter son silence.
Ce comportement et la déception la poussent à quitter la maison de ses parents et à aller dans un autre état vivre une autre vie. Pour Cate, c’est sa « façon de me convaincre que je peux repartir de zéro est de me rappeler que quand il le faut, je sais encore courir ».
Ainsi, tout en se passionnant pour l’histoire des pensionnaires du Foyer de Berachah, Laurel et Cate y voient un pan de leur vie. La vie de ces femmes qu’elles n’ont jamais connu est tellement similaire à la leur qu’elle fait naître en elles un flot d’émotions. Ainsi, avec Laurel et Cate, c’est une remise en question des processus de gestion du viol dans les églises et de la réaction des parents face à la souffrance de leurs filles victimes de ces atrocités. Mais au-delà de cette question, avec Cate, c’est la problématique de l’homosexualité qui est abordée. Car elle, Cate était amoureuse de River, une amie de classe, artiste à ces heures perdues.
« En conclusion, mes amis, regardons par-dessus les champs pour entendre les pleurs des filles égarées, et souvenons-nous que si la vie est courte, l’éternité est longue… »
Ce texte a été produit dans le cadre des challenges de lecture Je Lis Chaque Jour – édition 2024.
Références
Ouvrage : La Maison des Égarées
Auteur : Julie Kibler
Genre : Roman
Année de parution : 2021
Auteur du texte : Jéline Kouakou





Laisser un commentaire