Cinq (05) idées reçues sur le livre et l’environnement 

Le livre est souvent présenté comme un objet naturellement écologique. À l’inverse, certains estiment qu’il serait préférable de remplacer le papier par le numérique pour protéger les forêts. Entre ces deux visions opposées, la réalité est bien plus nuancée. Comme toute activité humaine, la production et la diffusion des livres ont un impact sur l’environnement. Mais cet impact dépend de nombreux facteurs : l’origine du papier, les procédés d’impression, le transport, le nombre de lecteurs, le recyclage ou encore la durée de vie des ouvrages. À l’occasion de cette série consacrée au Livre et à l’Environnement, L’ivre Du Livre vous propose de passer en revue cinq idées reçues qui circulent fréquemment sur le sujet. 

Idée reçue n°1 : « Les livres sont responsables de la déforestation » 

Cette affirmation est à la fois vraie… et fausse. Oui, le papier est fabriqué à partir de fibres de bois, et l’industrie papetière représente une part importante de l’utilisation mondiale du bois industriel. En revanche, cela ne signifie pas que chaque livre participe à la destruction des forêts naturelles. 

Dans de nombreux pays, notamment en Europe, le papier destiné aux livres provient majoritairement de forêts gérées durablement, de sous-produits de scieries ou de bois issus d’éclaircies forestières. Ces ressources sont renouvelées dans le cadre de plans de gestion qui prévoient la régénération des peuplements. 

Les principaux risques concernent surtout les papiers provenant de régions où l’exploitation forestière est insuffisamment contrôlée ou où des forêts naturelles sont remplacées par des plantations industrielles. 

Autrement dit, ce n’est pas le livre en lui-même qui pose problème, mais l’origine du papier utilisé

Idée reçue n°2 : « Le livre numérique est toujours plus écologique que le livre papier » 

Là encore, la réalité est plus complexe. Le livre numérique évite l’utilisation de papier, mais il nécessite des équipements électroniques dont la fabrication mobilise des métaux rares, des plastiques, beaucoup d’énergie et d’eau. Les liseuses, tablettes et smartphones possèdent eux-mêmes une empreinte environnementale importante, concentrée principalement lors de leur fabrication. 

Plusieurs études montrent qu’une liseuse ne devient réellement avantageuse sur le plan environnemental qu’après la lecture de plusieurs dizaines, voire de plus d’une centaine de livres, selon les méthodes de calcul retenues. Le choix entre papier et numérique dépend donc surtout des habitudes de lecture de chacun. 

Idée reçue n°3 : « Recycler le papier suffit à résoudre le problème »

Le recyclage constitue une solution importante, mais il ne représente pas une réponse miracle. Les fibres de cellulose ne peuvent pas être recyclées indéfiniment. À chaque cycle, elles deviennent plus courtes et perdent une partie de leurs qualités. Après plusieurs recyclages, il devient indispensable d’ajouter des fibres vierges pour fabriquer un nouveau papier suffisamment résistant. 

Par ailleurs, le recyclage lui-même consomme de l’énergie, de l’eau et nécessite des procédés industriels. Le meilleur réflexe consiste donc d’abord à prolonger la durée de vie des livres, puis à recycler uniquement lorsque leur réutilisation n’est plus possible. 

Idée reçue n°4 : « Acheter un livre neuf est toujours moins écologique qu’un livre d’occasion » 

Dans la plupart des situations, acheter un livre d’occasion permet effectivement de prolonger la vie d’un ouvrage déjà existant et de mieux valoriser les ressources utilisées lors de sa fabrication. Cependant, il ne faut pas opposer systématiquement livre neuf et livre d’occasion. 

Sans achat de livres neufs, il n’y aurait tout simplement plus de nouveaux ouvrages à transmettre aux générations suivantes. Le véritable enjeu est ailleurs : produire les livres de manière plus responsable, les faire circuler davantage, favoriser leur réemploi lorsqu’ils ne sont plus utilisés et éviter leur destruction prématurée. 

Le livre neuf et le livre d’occasion sont donc complémentaires dans une démarche de développement durable. 

Idée reçue n°5 : « Un livre devient écologique dès qu’il est imprimé sur du papier recyclé »

Le papier recyclé constitue un progrès important, mais il ne représente qu’un élément parmi d’autres. L’impact environnemental d’un livre dépend également : 

  • de l’origine des fibres utilisées ; 
  • des certifications forestières (FSC, PEFC) ; 
  • des encres employées ; 
  • des procédés d’impression ; 
  • du transport ; 
  • du nombre d’exemplaires imprimés ; 
  • de la durée de vie du livre ; 
  • du nombre de lecteurs qui le consulteront. 

Un livre imprimé sur du papier recyclé mais détruit après quelques mois pourra finalement avoir un impact plus important qu’un livre fabriqué avec du papier certifié FSC et lu par des centaines de personnes dans une bibliothèque. L’écologie du livre ne se résume donc pas au choix du papier. 

Une vision plus globale du livre durable

Ces idées reçues montrent que la question environnementale ne peut être réduite à une opposition entre papier et numérique, neuf et occasion ou recyclé et non recyclé.  

Le livre est un objet culturel dont l’empreinte écologique dépend de l’ensemble de son cycle de vie : la gestion des forêts, la fabrication du papier, les techniques d’impression, le transport, les habitudes de lecture, le partage, le prêt, la réutilisation et, en dernier recours, le recyclage.  

Pour les lecteurs comme pour les professionnels du livre, adopter une approche plus globale permet de faire des choix plus éclairés. 

Lire davantage, partager les ouvrages, fréquenter les bibliothèques, acheter des livres issus de filières responsables, privilégier les circuits courts lorsque cela est possible et donner une seconde vie aux livres sont autant de gestes qui contribuent à réduire leur impact sur l’environnement. 

En matière d’écologie du livre, il existe rarement des réponses simples. En revanche, une certitude demeure : le livre le plus durable est celui qui continue d’être lu

Sources

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